Doutons

L’individu prend de plus en plus de place au détriment du collectif qui se perd. Aussi, afficher une certaine assurance dans ses choix personnels, une certaine fierté individuelle est toujours valorisé. Pourtant, parmi les 18-30 ans, 50% déclarent ne pas avoir confiance en soi, et 10% d’entre eux, pas du tout (Source : Statista 2020).

Je crois que c’est bien aussi de douter, je pense même d’ailleurs que c’est important.
Le doute permet de s’interroger, d’affiner ses jugements, de se remettre en question et d’avancer. C’est probablement ainsi qu’on acquiert à terme une meilleure confiance en soi.

Voilà les conseils que vous donne une grande dame de la chanson :

-écoutez votre coeur se balancer
-dites et vous contredites sans vous dénoncer
-tremblez
– soyez incapable de juger
– soyez moitié dans vos godasses, ou moitié à côté
– n’ayez pas peur de passer pour des cons
– paniquez,
– soyez illogiques, ou “ pas comme il faut”
– n’ayez pas honte d’être “des ratés du coeur”
– osez ne pas vous approprier les choses ou les gens
– soyez qu’une simple fenêtre pour les yeux des enfants
– soyez sans oriflamme,
– soyez assez “poire” pour que jamais l’histoire vous rende les honneurs
– soyez ceux qui voudraient qu’on leur foute la paix de temps en temps
– soyez tendres …

POUR TOUS CEUX QUI DOUTENT : MERCI.

Ces mots sont directement inspirés de la chanson d’Anne Sylvestre “Les gens qui doutent”. J’ai eu la chance de la rencontrer lors de concerts où elle chantait avec mon époux.
Un petit hommage à la femme militante et féministe que j’admire, dont les mots méritent d’être écrits en gras sur l’ordonnance…

Laure GEISLER

Soyons patients

 

C’est officiel, nous sommes à nouveau en “privation contrôlée”. Celle de contacts humains, voire de travail ou d’insouciance. Celle de nos habitudes, de notre normalité d’avant 2020.

Les étapes de la fabrication d’un vaccin sont les essais précliniques (chez l’animal) puis cliniques (chez l’homme) où se succèdent les phases 1 (innocuité), 2 ( stratégie vaccinale et dosages) et 3 (efficacité à grande échelle). Il y a ensuite la phase 4 de pharmacovigilance.

Actuellement, ce sont près de 200 équipes de recherche à travers le monde qui planchent sur l’élaboration du vaccin contre le SARS-coV-2. Fin septembre, 19 labos étaient engagés dans la deuxième phase des essais cliniques et 11 projets avaient atteint la troisième phase. La Russie a accordé le droit de commercialiser le vaccin Spoutnik V dans son pays au premier janvier 2021, avant la fin des essais de phase 3. Selon l’Institut Pasteur, un vaccin serait disponible au plus tôt à la fin de l’été 2021.

Alors, soyons patients. Et pendant ce temps, pensons au jour où nous vaincrons ce virus. Pensons à la joie folle de notre “premier” concert, au bruit des grandes tablées au restau, au froid sur les oreilles lorsqu’on rentrera à pas d’heure, au charme des fossettes non-masquées de notre collègue de bureau, aux discussions incompréhensibles lors des bringues, à l’usure des bancs crayonnés de la fac, à la ferveur des matchs depuis les gradins, à la tristesse partagée au cinéma, aux verres qui trinquent, à la chaleur des poignées de main, au regard de soutien en pleine endurance de notre voisin de sport, à la standing ovation au théâtre, à l’excitation d’avant départ en voyage, au palpitant face au sourire d’une inconnue, aux calins des gens qu’on aime, au partage …

… car ce sera juste tellement bon ! En attendant, big up aux chercheurs et une pensée particulière aussi à toutes les professions artistiques et culturelles qui nous font nous évader.

Bise, Laure
Crédit photo @guillaume_aldebert
Sources : OMS via the Gardian, Statista

 

Verbalisons

Chaque famille possède son lot de souffrances et d’injustices : une perte, un accident, un attentat, un suicide, une maladie, une fausse-couche, j’en passe … Si certains en parlent, d’autres les transforment en secrets.

Il y a plusieurs décennies, se taire permettait par exemple de sauver la vie de familles pendant la guerre ou la réputation “d’enfants de la honte” (fruits d’un adultère ou d’un viol). Aujourd’hui, pour “aller bien” et probablement aussi pour tenter de les oublier, certains événements douloureux sont parfois tus et deviennent à leur tour des secrets familiaux.

Pourtant, le non-dit s’exprime inconsciemment par des changements de comportements, des lapsus, des attitudes étranges, des mimiques ou une voix qui change à la pensée du secret. Parfois il s’agit de réactions plus franches comme des pleurs ou de la colère sans motif apparent.C’est là tout le paradoxe. Le silence est gardé dans une bonne intention, mais il finit par être toxique.

La psychologue Marie Lani-Bayle explique qu’étymologiquement, le mot secret vient de “sécréter” : “c’est parce qu’il suinte, qu’il transpire, que le silence fait des vagues”. Selon la psychanalyste Françoise Dolto “on traumatise par le non-dit beaucoup plus que par le dit”.Si le jeune enfant peut se sentir “responsable” de la souffrance qu’il pressent chez son parent, l’ado peut imaginer que ses parents sont coupables d’actes terribles cachés et perdre toute confiance.

Ainsi en mettant des mots sur nos souffrances, on se libère d’un poids, et on libère nos proches des conséquences du
silence.Verbalisons pour dire ce qui fait mal ou ce qui dérange, avouons nos erreurs, nos émotions, déculpabilisions. Faisons-le pour nous affirmer. Affrontons nos peurs, ce qui pourrait nous faire honte, le jugement des autres, leur regard.

Verbalisons pour être dans le vrai ….pour être libre.

Laure

Rêvons

Hier, au square, mes enfants montent sur un tourniquet, rejoints par un petit garçon…. Tout le monde embarque, je les fais tourbillonner et déclare fièrement : “Alors, on va sur Mars ou sur Saturne ?” À ça, le jeune inconnu me répond : “Ben … Nulle part, c’est une balançoire !”. Ce vent glaçant  intergalactique m’a soufflé cette chronique.

Le rêve, c’est l’imaginaire : Chez les plus jeunes, c’est construire des images d’aventures, de voyages ou de rencontres, c’est se prendre pour le héros de ses livres ou dessins animés préférés, se mettre en scène, se déguiser en serpent ou en cow-boy, donner vie à ses peluches ou autres personnages Playmobil ®, c’est imiter l’adulte ou faire semblant. Les neurosciences affirment que l’imaginaire est déterminant dans le développement des enfants : L’imitation améliore la motricité fine des plus petits, elle en fait des êtres sociaux, intéressés par l’autre, en quête de découverte et d’interaction avec l’environnement. Jouer au docteur ou au parent consolant un bébé augmente l’empathie, l’écoute et la compréhension du monde. Le jeu libre stimule la créativité, l’autonomie et les apprentissages. L’imagination aide aussi à affronter certaines peurs et à avoir davantage confiance en soi.

Le rêve permet alors quelque part de lutter contre l’isolement, la méfiance, la peur ou l’ignorance, piliers des discriminations comme le racisme, le sexisme ou l’homophobie.

Nous aussi, adultes, avons un potentiel de rêve et d’imagination. Parfois masqué par nos responsabilités ou nos obligations, parfois inconscient, il est pourtant là. Il nous rend plus fort lorsque la réalité n’est pas simple. Il génère des  motions, nourrit notre créativité et change de manière positive notre perception du monde extérieur. Et il nous inculque aussi les valeurs du vivre ensemble, du partage, de la solidarité et du respect.

Alors rêvons, et invitons nos enfants et nos proches à en faire autant. Ouvrons-nous et autorisons-nous à nous évader un peu, à nous ennuyer … pour imaginer un monde plus tolérant et plus juste.

Laure

Cultivons la bienveillance

Dans le dictionnaire, la bienveillance est la capacité à se montrer indulgent, gentil et attentionné, d’une manière désintéressée et compréhensive.

Envers les autres, on imagine souvent une forme de gentillesse un peu cul-cul, car aider une personne à porter ses courses, une autre à trouver son chemin, donner un peu de son temps, respecter, complimenter, valoriser quelqu’un, c’est plutôt facile et accessible.

On est par contre beaucoup moins doué lorsqu’il s’agit de bienveillance envers soi-même. On est capable de s’infliger des critères de beauté qui nous importent chez les autres, on a parfois honte de se livrer, de montrer nos émotions, alors qu’elles nous touchent sans jugement chez d’autres personnes, on n’ose pas demander de l’aide alors qu’on répond sans hésitation à un besoin extérieur, etc.

Pourtant, on aurait tellement besoin de bienveillance envers soi-même ! Elle est nécessaire pour identifier ce qu’on aime chez soi, pour écouter nos signaux de fatigue ou de stress, pour avouer qu’une situation est difficile, pour accepter nos nos limites, ou tout  simplement pour nous relaxer et prendre du recul. Elle permet d’être tolérant avec nos défauts, d’être fier de nos qualités, d’accueillir nos émotions, de nous aimer.

Il est scientifiquement prouvé que la bienveillance favorise le bonheur durable et authentique (sources : Transcendance de soi et le bonheur. Dambrun et Ricard, 2011).

Alors appuyons-nous sur la littérature scientifique et … soyons heureux !

Laure

On fait comme on peut

Dans un bureau de consultation, puisqu’on traite des choses de la vie, on aborde aussi la mort : celle d’un ami, d’un
frère, d’un parent, d’un enfant …

On évoque le vide implacable, l’irréel indescriptible. Alors le médecin épaule du mieux possible, en respectant les silences,
en autorisant les flots de larmes se déversant suite au choc de la nouvelle. Car quels que soient son âge, son vécu, les
circonstances, l’Homme n’est jamais vraiment prêt à se séparer d’un être chéri, d’une personne « ressource » dont il est d’ailleurs sur le coup impossible de parler au passé. Il fait simplement comme il peut.

Du choix d’un vêtement pour faire une dernière fois honneur lors des funérailles aux nuits blanches, des craintes sur l’avenir à la sensation de gorge nouée, on se livre. Puis parfois aucun mot ni émotion ne sort. Perdre un proche, c’est perdre une partie de soi, un pilier, un port d’amarrage. C’est être privé de ces moments de joies exacerbées, de peines partagées, de complicités folles, de tendresses inavouées, de rassurances, ces moments si particuliers qui font la richesse et l’unicité d’une relation humaine. Après le choc, le temps fait tourbillonner nos sentiments noirs : le déni précède la colère, puis la tristesse, la résignation.

Et enfin survient l’acceptation que l’on supposait impossible, le premier pas vers une vie sereine. Les mois, les années aident alors positivement à pardonner, à se mettre en quête d’un renouveau, à se reconstruire, à retrouver la joie. Pourquoi passons-nous par ces phases? Est-ce la sagesse ? Un gage de maturité ? Je ne sais pas. Ce dont je suis sûre par contre, c’est que dans ce processus du deuil, l’être aimé n’est jamais bien loin. Il continue à « vivre » en permanence autour de nous. Un anniversaire, une lumière, un lieu, une odeur, une sensation, une anecdote, une saveur, une expression, un rire, un plat, une rue empruntée nous amènent à un souvenir de lui.

Et lors de cette phase d’acceptation, un jour tout s’inverse, et ces pensées finissent par procurer malgré le manque – je vous le souhaite – des émotions aussi douces que l’amour a été grand et aussi paisibles que les souvenirs sont précieux.

Laure

Intéressons-nous

Septembre, c’est la rentrée des classes et aussi celle des activités extrascolaires. Gym, piano, théâtre, judo, que sais-je ?

Au départ, c’est un peu la panique pour s’organiser ou trouver ce qui va plaire. Puis ça roule…Ça roule tellement que
pendant l’entraînement de foot du petit, même depuis les gradins, on reste collé à notre smartphone. Et tant pis si on a loupé la passe décisive. On feindra l’inverse. Ça roule tellement qu’on se contente d’un « Ça a été ton cours » ? Un « oui » puis on passe à table car c’est la course, d’ailleurs on n’a pas fini les devoirs ni donné le bain à la petite …

Ces mots suite à une jolie discussion avec Claire, une amie prof de violon. Parmi ses jeunes élèves, selon elle, ceux qui ont davantage l’envie d’avancer, ceux qui passent au-delà des caps difficiles ou des déceptions, ceux qui persévèrent le
plus et renoncent le moins, ce ne sont pas forcément les enfants de musiciens ! En réalité, ce sont les enfants qui ont la
chance d’avoir un entourage éprouvant de l’intérêt pour leurs apprentissages.

Ces mots résonnent et déculpabilisent aussi. Nul besoin d’avoir l’oreille absolue, les connaissances d’un journaliste sportif ou le dribble de Griezmann pour aider son enfant.

Puis, si notre emploi du temps ne nous permet pas d’accompagner notre petit, ce n’est pas dramatique. Encore mieux, on n’est même pas obligé d’apprécier l’activité
en question !

Ce qu’il faut, je pense, c’est un peu bonne volonté et peut-être simplement les bonnes questions : « Peux-tu me montrer
comment tu fais ? » ou  » T’as ressenti quoi là ? »

Des questions ouvertes et un intérêt sincère qui arment de courage, de volonté et de résilence. Pour franchir les étapes,
affronter les échecs, savourer les victoires dans un stade, un auditorium, sur un parquet de danse ou sur un tatami, douce
métaphore des épreuves de la vie.

Laure

Rions

On en parle peu, pourtant ça devrait être noté en gras au bas des ordonnances ! Ces quelques mots, c’est pour vous
rappeler que le rire est essentiel, voire vital. Il est anti-stress, anti-douleur, créateur de lien social. Il permet de
prendre la vie du bon côté, d’être joyeux, de dédramatiser les difficultés. Si mon potentiel comique n’est pas
encore reconnu, ou alors malgré moi, je réalise aujourd’hui que finalement j’ai un fidèle public et ce sont mes enfants !
En même temps, ils n’ont pas le choix me direz-vous😜.

Des chatouilles, grimaces, voix bizarres, marionnettes avec les mains, « attrape-moi »ou autres faux-prouts avec
ma petite dernière au combats de karaté, jeux de mots ou seconds degrés avec mes grands, on a de quoi faire.
Car créer des émotions, c’est aussi créer des souvenirs.
Alors rions, rions tous les jours, et enseignons le rire à nos petits.Rions avant que l’enfance ne s’envole pour
qu’elle ne tombe jamais dans l’oublie.

Bel été à vous,
Laure

Laissons-les s’exprimer

Les choses commencent à changer quant aux stéréotypes de genre… Et heureusement. Cependant, on vit encore dans une société où le petit garçon qui aime la danse classique, les perles, la Reine des Neiges ou le rose va être en marge… Au même titre que la jeune fille qui aimerait la boxe, les voitures de course ou le bleu. En marge car le monde estime encore parfois que certaines actions doivent être attribuées aux garçons et d’autres aux filles. A partir de ceci, quel est le coût de la transgression ? Devoir se justifier ou subir des moqueries, du sexisme ? Et ben non ! Plus que jamais, éduquons les adultes, éduquons les enfants, nos proches, nos voisins. Arrêtons de juger. Laissons les enfants s’exprimer, et aidons-les à s’épanouir. Car, on s’accordera tous à dire que pour un épanouissement personnel (et probablement professionnel), il est important de s’investir dans ce qu’on a choisi et qu’on aime.

Laure

PS : Le petit garçon sur la photo, c’est mon fils, lors de son cours de danse. J’ai eu plaisir à regarder Ballerina ou le Lac des Cygnes avec lui, je compte bien -s’il en a envie- lui faire découvrir Billy Elliot ou les ballets de Millepied.